La semaine 16 qui va du lundi 14 avril au dimanche 20 avril 2008 a été intense pour le député de la 2ème circonscription de l’Ariège Henri Nayrou. Un bref survol des journées et des nuits de cette période en témoignent. Lisez donc son Blog-Notes
- LUNDI 14 AVRIL 2008 : Le Conseil Général de l’Ariège est en séance plénière pour voter les taux d’imposition. En dépit de la double conjoncture d’augmentation des compétences et des transferts insuffisamment compensés par l’Etat, la hausse est limitée à 1 %. A la fin de la réunion, en tant que président du Groupe Socialiste majoritaire dans ce département ( comme dans 57 autres ), je propose une motion à la majorité de l’Assemblée Départementale pour stigmatiser les méfaits de la révision générale des politiques publiques (RGPP) qui consiste à projeter l’exemple de la carte judiciaire sur la carte des fonctionnaires, sur la carte hospitalière, sur la carte militaire, en attendant les autres cartes. L’opposition regimbe, ce qui est normal mais je les provoque quelque peu en leur disant que je leur trouve beaucoup de courage à défendre l’indéfendable, c’est-à-dire de défendre les services publics dans leurs cantons tout en cautionnant la politique UMP qui consiste à supprimer à terme des centaines de milliers de fonctionnaires. Ma question leur fait mal : ” Vous savez, vous, faire fonctionner des services publics sans fonctionnaires ? ” Et nul sinon écho ne répondit à ma voix.
D’ailleurs on pouvait lire en page 12 du journal Libération du jeudi 17 avril cette phrase attribuée à un ténor de l’UMP qui a voulu rester anonyme et on le comprend : « il y en a marre de ces jeunes cons d’énarques qui réécrivent le programme de Nicolas Sarkozy avec la RGPP! » Sans commentaires….
- MARDI 15 AVRIL 2008 : à peine arrivé à Paris , je m’empresse de travailler avec l’administrateur de l’Assemblée et avec mon attaché parlementaire parisien Nicolas Feau, sur le projet de loi sur le dopage, le 6ième du genre ( après ceux de 1965, 1975, 1989, 1999 et 2006 ) qui consiste à accentuer les moyens de répression contre les sportifs à la fois détenteurs, revendeurs et utilisateurs de produits dopants dans les compétitions sportives, texte qui sera examiné le 30 avril prochain à l’Assemblée Nationale.
Entre midi et 14 heures, je me colle à un téléphone pour participer à une émission en direct sur France-Info, dans le cadre des débats de la radio consacré ce jour-là à l’interdiction par le président du CNOSF Henri Sérandour, du badge ” Pour un monde meilleur ” que voulaient porter les sportifs français le 8 août prochain aux JO de Pékin. C’est Olivier De Lagarde qui dirige le débat auquel participent aussi le député européen Benhamias ( Modem, ex-Vert, tout est possible ) et mon ancien confrère de Radio France Henri Charpentier, spécialiste de l’olympisme. J’ai été contacté en ma qualité de rapporteur spécial du budget du Sport à l’Assemblée, responsabilité qui présente l’avantage de disposer d’une tribune nationale.
On ne se pointe pas devant un tel micro sans avoir préparé ce que le monde politique appelle des éléments de langage. Je dis mon approbation au port de ce badge, dont le contenu est loin d’entretenir la flamme révolutionnaire, tellement il ne casserait pas une patte à un canard laqué chinois. ” Pour un monde meilleur ! ” Rendez-vous compte de l’outrecuidance de la formule !
Après des questions au Gouvernement un peu trop pagailleuses, je participe, en compagnie de ma collègue Frédérique Massat, à une réunion de deux groupes d’études mêlés pour la circonstance, celui de la montagne et celui de l’élevage afin d’étudier la situation de l’agriculture montagnarde, juste avant que la France ne prenne la présidence de l’Europe. Cette fois, c’est au nom de l’Association Nationale des Elus de la Montagne ( ANEM ) dont je suis le secrétaire général que je m’exprime mais je ne saurais oublier que je représente les agriculteurs de ma circonscription.
Retour dans mon bureau du 3e étage du Palais-Bourbon, retour dans les dossiers ariégeois qui fusent sur mon écran d’ordinateur ( il y en a 45 ce soir-là ! ), un repas frugal à la célèbre buvette de l’Assemblée, passage en séance où est examiné le texte sur la pseudo-modernisation du marché du travail avec un nouveau CDI, fort périlleux au demeurant, re-passage dans mon bureau pour préparer les réunions du lendemain et direction ma chambre d’hôtel à 1 h du matin.
- MERCREDI 16 AVRIL 2008 c’est la plus intense journée d e la semaine qui commence à 8h 15 dans le bureau du président de la Poste et qui s’achèvera une fois de plus à 1h et demie du jeudi…
Ca débute donc au siège de la Poste par un petit déjeuner organisé par le président de La Poste M. Jean-Paul Bailly. C’est l’occasion de faire savoir au patron et à son staff, là encore comme parlementaire ariégeois et comme secrétaire général de l’ANEM, que tout ne va pas bien sur le terrain. Je lui fais le reproche du manque de lisibilité dans l’organigramme de La Poste dans les Départements, d’autant que les élus et les citoyens ont tôt fait de se perdre dans un organigramme de La Poste qui change pratiquement tous les ans.
Une heure et demie après, rapide passage à la Commission des Finances de l’Assemblée pour l ‘examen de la situation économique et sociale, qui est tout sauf brillante.
Pour cause d’intervention sur le projet de loi sur le dopage, j’ai changé momentanèment de commission organique, passant des finances aux Affaires Culturelles Familiales et Sociales. Ce matin-là, juste avant le dopage, les ACFS examinent le problème général de l’offre de soins sur le territoire avec le renfort Larcher et son cortège de restructurations qui ne disent rien de bon pour les territoires ruraux comme l’Ariège. Mon groupe PS envoie un véritable tir de barrage sur cette perspective de carte hospitalière qui va ressembler comme deux gouttes d’eau à la carte judiciaire.
Mais un autre rendez-vous important s’annonce. Michel Barnier, ministre de l’Agriculture a accédé au désir de l’ANEM d’être reçu en audience spéciale avec les représentants de tous les massifs français, inquiets de la situation actuelle mais aussi de celle qui va les attendre avec la réforme de la PAC. Pour la circonstance, j’ai sollicité le directeur de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège pour disposer de précisions sur la situation des agriculteurs ariégeois et sur leurs attentes. J’en connaissais déjà un rayon car j’avais assisté à une réunion très intéressante de la FASEA aux Forges de Pyrène avec la participation de l’ancien ministre, mon ami Henri Nallet et le président de la FNSEA Jean-Michel Lemeteyer mais l’envoi du technicien de la Chambre m’a fourni tous les éléments et même un peu plus. Lesquels m’ont servi car, juste d’être reçu par M Barnier, nous avons préparé nos interventions dans une salle du ministère de l’agriculture que j’avais sillonné quand Jean Glavany était l’occupant des lieux.
Placé à table juste à la gauche du ministre, j’ai appuyé les remarques des agriculteurs montagnards , tout en mettant l’accent sur le problème des prédateurs dont la présence dans les hauts sommets met en péril le pastoralisme et donc une certaine idée de la montagne. J’ai également rappelé à M. Barnier que je lui avais écrit afin de lui signaler des manques importants dans les crédits budgétaires pour faire fonctionner normalement le lycée agricole de Pamiers, où se forment les agriculteurs de l’Ariège de demain.
Confidence un peu désabusée du ministre de l’Agriculture : « notre budget n’augmentera pas ! » tout le monde est prévenu, mais tout le monde l’était déjà…
Dès la fin du déjeuner frugal, aux alentours de 15H45, retour dans l’hémicycle pour les questions au Gouvernement dont la séance du 16 avril 2008 restera dans les annales, aux dires des parlementaires les plus chevronnés.
En effet, la députée UMP Chantal Brunel, récemment nommée porte parole de l’UMP, a été ovationnée par les députés PS tous debout et hilares, ce qui était une première dans la vie de l’Assemblée Nationale. Pourtant affichée parmi les éléments les plus libéraux de l’UMP, Mme Brunel s’est brusquement mise à attaquer le Gouvernement en affirmant que les niches fiscales profitaient quasi honteusement aux plus riches. Les députés UMP regardaient tous le bout de leurs chaussures, comme l’a écrit une journaliste de Libération. Ces parlementaires de la majorité déjà passablement secoués par les affaires des OGM, de la carte famille nombreuse et du non remboursement prévisible des lunettes, étaient en droit de se dire : « lorsque l’on a des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis… »
D’autant qu’ils n’étaient pas au bout de leur chemin de croix. Juste après Madame Brunel, intervenait le député breton UMP Yves Le Fur, lui aussi parlementaire expérimenté, qui a taillé en pièces le manque de considération du Gouvernement Fillon vis à vis des familles nombreuses. Il aurait fallu voir la tête des ministres sur le banc du Gouvernement pour comprendre qu’il y avait au départ de cette offensive, un parfum de règlement de compte après que, la semaine précédente, Nathalie Kosciusko Morizet ait traité les députés UMP de lâches…
Fin des questions au Gouvernement et départ sur les chapeaux de roues pour la Cour des Comptes dont le président de la 3ème commission avait demandé à me recevoir comme rapporteur spécial, pour le compte de la Commission des Finances, du budget des sports , de la jeunesse et de la vie associative. En effet, sous l’impulsion du président Philippe Seguin, parfait connaisseur du sport en général et du football en particulier mais au fait aussi des pratiques de l’Assemblée Nationale, la Cour des Comptes a décidé d’aller mettre son grain de sel dans des dossiers assez tortueux du ministère des sports. Le président de la 3ème commission a donc proposé au rapporteur de l’Assemblée Nationale de mieux travailler de concert afin de mettre en lumière les disfonctionnements qui n’ont pas manqué d’apparaître et qui risqueraient de perdurer.
Ou l’on retrouve le nécessaire de contrôle parlementaire sur les pratiques gouvernementales, ceci au profit des contribuables, c’est à dire des citoyens.
- JEUDI 17 AVRIL 2008 : ce matin, c’est encore le rapporteur sports qui est concerné. J’ai été en effet coopté en tant que tel comme membre avec voix consultative du Centre National de Développement du Sport ( CNDS qui a succédé au FNDS ). C’est un organisme public qui distribue 266 millions d’euros aux divers acteurs de l’organisation du sport en France, grâce aux prélèvements effectués sur les paris de la Française des Jeux et du PMU.
La réunion de ce Comité directeur commence par un discours de Bernard Laporte, le secrétaire d’Etat en exercice. L’ancien coach du rugby français que je connais très bien, ne prend aucun risque, surtout en cette période olympique mouvementée, il lit sagement le topo préparé par son cabinet. On vote les crédits pour les déplacements de la délégation française à Pékin, puis ceux pour les activités sportives dans les écoles et les quartiers difficiles.
Je prends alors la parole pour redire ce que j’ai déjà dit en pareil lieu, à savoir qu’à mon sens, le CNDS n’a pas vocation à financer des actions concernant les scolaires et les banlieues car ces interventions représentent l’archétype des compétences de l’Etat. Encore faudrait-il que le gouvernement en place ait le sens de ses propres responsabilités, ce qui est loin d’être le cas. A mon sens, en effet, les crédits du CNDS devraient être mieux ciblés sur les investissements des gros équipements sportifs ainsi que sur l’aide aux petits clubs, ce fameux maillage qui honore plus le sport français que ces milliers de mercenaires millionnaires dont le principal souci est leur compte en banque.
Silence radio autour de la table, exceptés l’ancien ministre Alain Calmat et les représentants des Régions et des Départements.
Puis je file sur Orly, direction Blagnac, St Girons et la plongée dans le courrier de la semaine, avant de partir sur Montégut-Plantaurel où est installé le nouveau bureau du Parc Naturel Régional toujours présidé par l’excellent leader qu’est André Rouch.
Drame sur le chemin du retour. Entre Castelnau-Durban et Rimont, j’arrive peu après une terrible collision frontale qui a coûté la vie à une jeune femme de Ganac. Surviennent le père et le copain de la défunte dont le corps est encore sur place. Le spectacle est poignant. Je me dis que la vie ne tient qu’à un fil et que toute tentative pour l’accélérer n’est que vanité.
- VENDREDI 18 AVRIL 2008 : c’est la journée des rendez-vous des citoyens. Je reçois successivement dans mes deux permanences de St Girons et Pamiers, puis à la mairie de Mazères. Depuis 11 ans d’activité parlementaire, je m’astreins à ne jamais couper le cordon affectif avec les personnes que je représente à l’Assemblée. On me demande souvent si la vie d’un député est dure. On me pousse parfois à me plaindre. Mais je ne me plains pas et je prends soin de préciser que, si j’avais aspiré à mener une existence pépère, il était très facile pour moi de ne pas me présenter à des élections. Donc, je mène la vie que j’ai choisie, donc je me tais. Même quand c’est dur…
Et je pense souvent à cette phrase d’Edmond Hervé qui fut député-maire de Rennes et qui confiait au Monde juste avant de quitter son poste il y a un mois à peine : ” Le travail d’un élu, c’est une marque de respect pour les gens qui vous ont choisi ! “
Ce vendredi se poursuit à Mazères lors de l’inauguration de la nouvelle maison de retraite publique en présence de toutes les autorités. Je n’ai pas souhaité prendre la parole comme m’y invitait le maire Louis Marette mais me revenaient alors en mémoire deux souvenirs forts. Le premier, c’était en août 2003 en pleine canicule qui emporta 15 000 personnes âgées dans un sinistre tourbillon d’indifférence. Je faisais alors le tour des maisons de retraite de ma circonscription. Celle de Mazères était bien placée en centre ville mais mal agencée entre plusieurs bâtiments différents, ce qui n’assurait aucune sécurité. Un départ de feu et c’était la catastrophe.
Le second souvenir se rapportait au premier et je salue l’orthodoxie de M. Marette qui a rappelé lors de son discours d’inauguration que, le 15 février 2004, loin des effervescences politiciennes ariégeo-ariégeoises, je l’avais accompagné dans le bureau de M. Le Divenah, directeur de cabinet de la ministre en charge des personnes âgées pour décrocher des subventions importantes nécessaires pour construire une nouvelle maison de retraite. La trajectoire d’un député n’est pas un long fleuve tranquille mais il y a parfois des îlots de répit.
Dernière halte du jour, à La Bastide de Sérou, où le Conseil Général et Ariège-Télécom présentent aux nouveaux maires et aux responsables de la culture départementale le réseau haut débit que viennent de mettre en place le président Bonrepaux et les élus et techniciens de ces deux entités. Le doute n’est plus permis. Ce déploiement de la fibre optique et du Wimax, c’est la chance de l’Ariège. On en mesurera les effets au fur et à mesure que les usages se multiplieront, un peu comme ceux de l’électricité.
- SAMEDI 19 AVRIL 2008 : ça repart vite. Une réunion importante au siège du Golf de l’Ariège sur les hauteurs de La Bastide de Sérou, se tient pour caler les préparatifs de la célébration du 20 ième anniversaire de cet équipement auquel je voue, bien évidemment, une affection particulière. J’aurai l’occasion de revenir sur ces 20 ans dans cette rubrique, parce que vont défiler en même temps les mêmes 20 ans de ma vie publique.
Un coup de voiture, et me voilà à La Bastide de Sérou, Espace Jean-Nayrou où se tient le congrès des Anciens Combattants et Prisonniers de Guerre, présidé par M. Gratien Portet. J’arrive après la réunion mais l’essentiel est que je sois là où j’ai été invité et où je dois me rendre. Ces admirables anciens combattants sont déjà à table mais je leur dis deux mots de respect et de disponibilité pour relayer leurs attentes que je connais déjà. Le gouvernement ne fait pas assez pour eux, parce que le minimum vieillesse n’est jamais très loin du niveau des pensions.
Je prends le temps de rentrer à St Girons pour regarder le match de rugby Toulouse-Montferrand, superbe mais dramatique pour Vincent Clerc qui se fusille le genou gauche en voulant tromper son concurrent Aurelien Rougerie d’un double crochet. Ainsi va la vie. Vincent rayonnait, triomphant et voilà Vincent cloué sur un lit de solitude et de détresse pour de longs mois.
J’avais promis aux éducateurs de La Tour du Crieu que je serai présent à la remise des prix du stage de rugby éducatif pour de jeunes enfants. Un aller-retour St Girons-La Tour et voilà la promesse tenue. J’affectionne ces moments de fraternité sportive entre diverses générations, surtout dans ce club où les éducateurs réalisent une oeuvre magnifique. Merci à vous, les Jean-Michel Cancel et compagnie !
- DIMANCHE 18 AVRIL 2008 : encore du golf, mais ce n’est pas du jeu ! Ce matin, c’est la première des trois Journées Golf Gratuit pour tous mais le mauvais temps nous joue un mauvais tour.
Même scénario catastrophe pour la seule course de côte automobile qui reste en Ariège, celle de Taurignan, près de St Girons. Là, il n’y a que des passionnés et ce ne sont pas des averses qui doucheront leur enthousiasme. C’est ce qui apparaît lors de la remise des prix qui a lieu dans la salle des fêtes de Taurignan-Castets. Je n’ai jamais manqué ce rendez-vous.
Voilà, la semaine 16 a tiré sa révérence mais la 17 pousse déjà sa corne. Elle n’est pas belle, la vie !