Marché de dupes sur les marchés financiers...

COMMISSION DES FINANCES DE L’ASSEMBLEE NATIONALE

jeudi 4 février 2010 par Administrateur

Henri Nayrou, membre de la commission des finances de l’Assemblée Nationale, apporte régulièrement et avec son oeil de journaliste, son témoignage sur l’actualité parlementaire. Cette semaine, il est question de savoir à qui va profiter la taxation des bonus des traders payée par les banques, au sauvetage des PME françaises en difficulté ou à la pose d’une rustine sur un budget de l’Etat en piteux ... état ?
 
Tout le monde sait que ni le gouvernement, ni les banques n’ont tiré les bons enseignements de la crise qui vient de pulvériser la vie économique du pays. Tout le monde le sait donc, tout le monde le dit, notamment à propos des milles tourments qu’endurent les entreprises pour obtenir des aides des banques pour relancer leur activité mais il manquait quelques preuves au plus haut niveau. Elles sont enfin venues mercredi dernier dans l’hémicycle du Palais-Bourbon où était examiné le projet de la loi des finances rectificative.

L’affaire est venue de la taxe sur les bonus des traders des banques, vous savez, ceux-là même qui sont, en partie, responsables de la dite-crise. Au départ, le gouvernement s’est fait tirer l’oreille pour taxer ces gains considérables. Puis, il a tenté de camoufler l’opération, à la fois pour réaliser quelques misérables économies budgétaires et aussi pour ne pas froisser les consciences libérales de ses affidés.
 
J’en viens aux faits. Bercy et ses cerveaux avaient imaginé un dispositif destiné à laisser croire que cette taxe d’un montant de 360 millions d’euros, allait directement dans le fonds de garantie de dépôt des banques, lequel est chargé de venir en aide aux banques en grande difficulté, ce qui arrive parfois... Mais la commission des finances du 27 janvier dernier, tenue en alerte par l’expérience de ses membres, a voté un amendement obligeant le gouvernement à verser intégralement ces 360 millions au budget de l’Etat, et non pas au fonds de garantie, cela avec deux objectifs : un, s’assurer que les banques soient taxées sur les versements de primes à leurs traders, deux, que les mêmes banques continuent à abonder le fonds de garantie , avec les garanties qu’elles doivent déjà.

Dans un premier temps, Mme Lagarde et M. Woerth ont annoncé leur opposition à cet amendement de la commission des finances, porté par son président Didier Migaud. Et puis, en séance du 3 février, changement de pied de la ministre de l’économie qui annonce que les 360 millions d’euros seront versés non plus au budget de l’Etat comme initialement prévu, ni au fonds de garantie comme voulu par les députés mais directement à Oseo.

Avec les parlementaires UMP, le petit doigt sur la couture du pantalon, le texte du gouvernement est passé mais on n’est plus là dans le logique des marchés mais plutôt dans un marché de dupes. En effet, il va dire qu’il aide les PME par le biais d’OSEO mais il considère en réalité que cet organisme est suffisamment pourvu pour aider les entreprises et donc s’exonére d’en abonder le budget, par un tour de passe-passe, afin de masquer une infime partie du déficit abyssal du budget de l’Etat.
 
Mais dans quelle France vit-on ?
 


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